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Le Yoga comme réponse aux crises humanitaire? (Mon expérience avec Lifting Hands International)



Les conflits armés autour du monde, et les crises humanitaires qui en résultent conduisent à une expansion de désordres psychologiques chez les populations concernées, ce qui a un réel impact sur les générations futures.

Une étude a démontré que 25-75% de la population qui subit un conflit armé développe un syndrome de stress post-traumatique. D’autres ont conclu que 22.1% des populations affectées par des conflits a une tendance à développer des troubles comme la dépression, l’anxiété, le stress, les troubles bipolaires, ou la schizophrénie.

Le Yoga dans l’humanitaire


Au cours de mon travail en tant que professeure de Yoga et Yogathérapeute, j’ai bien noté les bienfaits du Yoga à la fois pour le corps, le moral et la psychologie. Ainsi l’idée de travailler avec des organisations s’intéressant aux réfugiés m’est venue à l’esprit.

Les organisations humanitaires s’intéressent de plus en plus aujourd’hui aux thérapies non médicamenteuses pour la prise en charge de ces troubles. Le Yoga s’avère être une de ces thérapies, en agissant non seulement sur le niveau psychologique mais aussi physiologique en équilibrant les neurotransmetteurs, et en stimulant le système nerveux parasympathique responsable de la relaxation, de la récupération et du repos.


Bénévole en tant que Yogathérapeute

C’est avec Lifting Hands International, une ONG américaine que je me suis portée bénévole pour intervenir en tant que yogathérapeute auprès des personnes ayant subi un traumatisme psychologique profond.


Cette organisation travaille dans le camp de Serres dans le nord de la Grèce ; un des plus grands camps pour les réfugiés Yazidi en Europe. J’ai eu la chance d'aider des réfugiés yazidis qui se sont enfuis de leur ville, Sinjar, dans le nord de l’Irak à cause de Daech. Ils ont parcouru des milliers de kilomètres dans des conditions incroyablement difficiles avant d’arriver à ce lieu.


Mon objectif de cette mission de deux semaines, était de mettre à profit mes connaissances concernant la prise en charge du stress post traumatique en formant l’équipe des bénévoles sur ce sujet, et sur sa prise en charge notamment par la Yogathérapie, ainsi que l’organisation de séances de Yoga thérapeutique adaptées aux conditions physiques et psychologiques des bénéficiaires.

Grâce à ma maîtrise de la langue arabe, j’ai pu gagner la confiance de ces réfugié(e)s, surtout que le Yoga reste aujourd’hui une discipline complètement étrangère à elles/eux.


Approche sensible aux traumatismes

Tenant compte des difficultés et des dures expériences vécues par ces réfugiés, j’ai organisé mes séances, en privilégiant à chaque fois les postures d’ouverture (Bhujangasana, Tadasana avec ouverture des bras ,…), d’enracinement (Vrkasana,Sukhasana ,…), de confiance en soi comme Virabhandasana, et de sécurité (Balasana, Paschimottanasana,…). Bien sûr, en évitant toutes les postures qui peuvent déclencher un souvenir de traumatisme comme la torture ou le viol ( Marjaryasana, Ananda Balasana,…).

J'ai insisté également sur les exercices de respiration appropriés, qui leur permettent de retrouver la paix intérieure, et de savoir qu’il est possible de la retrouver à chaque fois qu'ils en ont besoin.

Défis et difficultés


De nombreux défis ont été à relever concernant l’organisation des séances et leur bon déroulement. J’ai dû réorganiser la tente consacrée aux activités manuelles des femmes, tout en gardant les autres activités (tricot, crochet, couture,…), afin de leur apporter le yoga au plus près d’elles. Ce qui a permis aux femmes qui participaient à la séance de rester dans leur environnement habituel rassurant, et aux autres de découvrir le Yoga de loin d’abord, avant de venir par elles-mêmes le pratiquer par la suite.

Un autre défi était l’adaptation avec l’agitation et les bruits constants de l’extérieur des tentes qui ont nécessité beaucoup plus d’effort de concentration, et l’apport de plus de calme dans le ton employé et les instructions pendant la pratique.

Malgré les conditions difficiles de cette mission, j’ai été heureuse et soulagée de voir ces personnes venir peu nombreux au début, découvrir le Yoga, écouter mes conseils avec curiosité, essayer de faire les postures avec prudence. Puis revenir le lendemain plus nombreux, hommes et femmes de tout âge, pour se laisser aller avec plus de conscience de leur corps et plus d’assurance, terminer la séance avec la relaxation, et me remercier chaleureusement avant de s’en aller très satisfaits.


Du Yoga pour les bénévoles également


Avant mon retour, j’ai proposé une séance de Yoga aux bénévoles de l’ONG avec qui je travaillais tous les jours, et qui sont extrêmement investis auprès de ces personnes. Elle a été très appréciée et leur a permis de retrouver énergie, paix et bien être. C’était pour moi aussi une manière de les remercier de tout ce qu’ils/elles m’ont apporté durant ces deux semaines.

Une expérience inoubliable

Cette mission a été pour moi d’une extrême richesse, et d’une intensité rare au niveau des relations humaines avec les bénévoles comme avec les bénéficiaires. Elle m’a permis de faire découvrir le Yoga à une population dont la culture en est très loin, et d’apporter ses bienfaits physiques et psychologiques au plus près d’elle.

Enfin, Je peux confirmer aujourd'hui que le Yoga peut contribuer positivement à l’amélioration de la santé, du corps et de l'âme, peut aider les populations déplacées et les traumatisés de guerre, à dépasser leurs conditions difficiles et à avoir le courage d'espérer un meilleur lendemain.

Références :

Anand A, Ghani A, Sharma K, Kaur G, Khosla R, Devi C, Podder V, Sivapuram MS, Maity K, Kaur H. War-Related Mental Health Issues and Need for Yoga Intervention Studies: A Scoping Review. Int J Yoga. 2021 Sep-Dec;14(3):175-187. doi: 10.4103/ijoy.ijoy_60_21. Epub 2021 Nov 22. PMID: 35017859; PMCID: PMC8691442.

Staples, J. K., Abdel Atti, J. A., & Gordon, J. S. (2011). Mind-body skills groups for posttraumatic stress disorder and depression symptoms in Palestinian children and adolescents in Gaza. International Journal of Stress Management, 18(3), 246.


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